Tu m'as percée à jour. Tranquillement cachée au fond de ma bulle, tu es venu(e) me déterrer comme pour m'arracher à mon repos bien merité. Tu es apparu, tout sourire, une innocence écoeurante dans le regard. L'attention toute absorbée par mon indifférence et la langue pendante tel un chien assoifé. Tu ne m'interessais pas. Un crétin de plus qui bavait sur mes escarpins. Le regard déterminé et le ventre affamé de sexe. Puis, par le trou de la cerrure, tu as cherché le moyen d'arriver à tes fins. D'abord voyeur, joyeux camé qui vient soulager sa dépendance. Tu regardes, les vêtements qui glissent, le corps qui se dénude, les courbes qui se dévoilent. L'approche, puis ma fuite. Tu t'es accroché(e). Tu faisais de vaines tentatives, sur la joue, sur les lèvres, ailleurs. Tu hurlais à l'intérieur, cette résistance te brûlait, t'agressait, te détruisait. Tu brisais chaque fois plus ce que tu étais pour mieux conquérir celle que tu n'étais pas. Tu souffrais en silence et te délectait de l'image à défaut des autres sens. A genoux, tu en redemandais, toujours. Encore un coup, achève moi. Je t'ai laissé la vie sauve, le peu de toi-même qu'il te restait encore. Et je suis partie, avec la ferme intention de ne jamais me retourner. Je t'ai laissé ventre-à-terre, ramper sur mes traces, tes yeux vomissants tes souffrances.Comment aurais-je pu connaître le triste sort qui m'a été réservé par la suite ? J'allais m'apercevoir que les absents avaient toujours tort et qu'ils payaient toujours trois fois plus cher leurs abscences (quand elle n'atteignaient pas le prix de la mort). Il s'est passé plusieurs semaines sans que je ne réfléchisse. J'étais vidée de toi et donc plutôt contente de ne plus avoir à guêter l'oeil torve, à esquisser des baisers volés. Je pouvais enfin vivre seule.Seulement voilà, Je me suis aperçue trop tôt que tes détestables manières, tes gémissements me manquaient. Je me suis surprise à penser de nombreuses fois à ta médiocre personne. Je tentais de chasser ton souvenir en secouant stupidement la tête dans tous les sens, espérant soulager mes maux. En vain. J'ai à mon tour rampé sur tes traces, traquant toutes les informations qui pouvaient me révèler où tu t'étais réfugié. J'ai courru pour te retrouver et dans ma course, j'ai perdu ma fierté. Dépouillée de toute rancoeur, comme déshabillée sous les yeux des passants, j'avais ôté mon vieux déguisement pour te reconquérir. Puis, à la vue de ta silhouette élancée, de ces traits qui avaient hanté ma mémoire pendant des jours et des nuits, j'ai acceleré dans ma course. Je ne savais pas encore que cette accélération allait précipiter ma perte. Tu te retournes, et semble d'abord ne point me reconnaître. Je prononce mon nom, sans le dédain qui lui avait toujours été associé. Tu as eu l'air gêné, pendant un instant, jusqu'à ce qu'une brise t'emporte loin. Elle était belle, elle était tendre, douce et fraîche. Innocente et pure, d'une légéreté et d'une simplicité désarmantes. Elle était juste plus naturelle que toutes autres brises. Un ravin s'est soudain creusé sous mes pieds et je ne savais pas encore que la chute allait être si longue. Je ressentais déjà tous les dégâts qu'elle allait entraîner une fois que je t'aurais de nouveau tourné le dos, mais cette fois-ci, forcée. Le temps s'était ralenti. Tous mes mouvements étaient lourd et difficiles à effectuer, j'étais comme entraînée par une force gravitationnelle. Je chutais, dans le vide. Illusion nuisible, j'avais l'impression que tu riais, comme les gosses qui se bidonnent devant une dessin animé lorsque le personnage se casse la gueule. Il me semble que je suis restée une éternité au même endroit, alors que tu t'étais échappé. Une fois loin de toi, j'atteignais le fond du gouffre. Comme le verre qui se brise, j'étais irréparable. Des pièces manquaient à mon puzzle, ou du moins étaient-elles endommagées de sorte qu'aucune ne puisse se remettre correctement à sa place. Nue, devant toutes les paires d'yeux de la ville, je n'étais pourtant plus moi-même. Plus tard allait se dérouler une série de questions/réponses ou pires, de questions sans réponses qui fabriquerait un nouveau puzzle mais surtout...
Un nouveau déguisement, plus opaque et plus impénétrable qu'auparavant.